23/05/2026
Regards sur la communication de l'Expert
I
Les fondements du système LMD sont internationaux, et le but est l’internationalisation des enseignements et des enseignants. Cela suppose une mobilité non seulement des étudiants, mais aussi des enseignants-chercheurs. Tel est l’esprit du Processus de Bologne qui édifie un espace européen de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche à l’horizon 2010 autour des 46 pays européens, avec un certain nombre d’organisations internationales dont le Conseil de l’Europe. C’est dans la même perspective qu’en Afrique centrale (CEMAC), deux directives ont été adoptées le 10 mars 2006. L’une portant sur l’application du système LMD dans les universités et établissements d’enseignement supérieur de l’espace CEMAC, et l’autre, organisant les études universitaires dans l’espace CEMAC, dans le cadre du système LMD.
Une exigence apparaît de part et d’autre : celle de la construction d’un espace régional de l’enseignement avec au cœur du processus, la mobilité des étudiants et surtout, celle des enseignants-chercheurs. Cela soulève la question de leur internationalisation, c’est-à-dire leur circulation physique et la diffusion de leurs savoirs au-delà des frontières nationales. Il s’agit, officiellement, de la mobilité académique, définie par la Convention mondiale sur la reconnaissance des qualifications relatives à l’enseignement supérieur (HED) de 2019 comme étant le «déplacement physique ou virtuel d’un individu à l’étranger, dans le but d’étudier, de faire de la recherche et d’enseigner». Les termes «mobilité des cerveaux» ou «circulation des cerveaux» rendent mieux compte de l’importance des écosystèmes régionaux du savoir, de la temporalité de la mobilité au cours d’une carrière, des opportunités (et des incertitudes).
D’après le Professeur Guy MVELLE, Professeur Titulaire de Science politique, cette internationalisation est liée à l’essence même de l’université, à son étymologie qui renvoie d’une manière ou d’une autre à l’universalité et donc, qui invite l’enseignant-chercheur à inscrire ses savoirs dans l’universalité, c’est-à-dire dans des lieux d’échanges et de savoir qui impliquent tout le monde, ou au moins, tous les hommes et les femmes ayant les mêmes préoccupations. C’est à ce niveau que se complique particulièrement l’atteinte des objectifs du système LMD pour l’enseignant-chercheur, lequel fait face à de nombreuses contraintes énumérées par l’expert.
La première contrainte est liée au financement de la mobilité et de la recherche. De façon générale, l’Etat dispose de très peu, ou ne dispose presque pas de moyens financiers pour supporter la mobilité des enseignants-chercheurs, que l’on soit à l’intérieur du territoire ou au-delà des frontières. Par ailleurs, l’Université remplit une mission d’intérêt général qui ne génère pas de revenus capables de supporter la mobilité de tous ou partie de ses enseignants-chercheurs dont les déplacements par avion pour dispenser des cours, participer à un colloque ou à un congrès, les séjours à l’étranger et l’acquisition de la documentation, coutent extrêmement chers et constituent la première contrainte à la mobilité de ces enseignants-chercheurs.
La deuxième contrainte est liée à la spécialisation épistémologique, car bon nombre de chercheurs travaillent sur des questions locales et autochtones, sans ouverture sur l’extérieur et sans perspective de comparaison. Si cela est porteur pour certains domaines de recherche, ce n’est pas le cas pour d’autres. En travaillant sur sa commune, sa communauté linguistique, l’économie nationale, la sécurité strictement à l’intérieur du pays on devient un excellent spécialiste de ces questions. Mais si l’on ne fait pas comparaison avec ce qui se passe ailleurs, l’on se coupe du monde, et les autres chercheurs ne s’intéresseront que très peu aux travaux de recherches réalisés.
La troisième contrainte est d’ordre linguistique. Il se pose un problème de maîtrise des principales langues mondiales de la recherche, notamment l’anglais qui en demeure la principale. Or, sa maîtrise a des implications majeures sur la diffusion des connaissances, la collaboration entre chercheurs, la nature même de la production scientifique et la mobilité du chercheur. La maîtrise de l’anglais est presque la condition _sine qua non_ pour être invité dans un forum d’échange entre universitaires au-delà des frontières nationales. Par ailleurs, les revues scientifiques de premier plan sont anglo-saxonnes, et sont principalement basées au Royaume-Uni et aux États-Unis. La publication dans ces revues étant devenue un gage de reconnaissance et de visibilité pour les chercheurs du monde entier.
La dernière contrainte est liée à la maîtrise des TIC et des outils numériques. Cette maîtrise n’est pas en réalité une option mais une obligation pour un enseignant-chercheur qui ne souhaite pas demeurer autochtone.
Le Professeur Guy MVELLE ne s’est pas limité à décrypter les freins à l’internationalisation de l’enseignant-chercheur à l’aune du système LMD. À chaque problème identifié, cet expert propose des pistes de solutions.
Pour les financements de la mobilité, il propose, surtout aux jeunes chercheurs, de s’investir dans la recherche des financements internationaux. Ces programmes appartiennent autant aux grandes universités qu’aux organismes internationaux qui veulent diffuser une certaine idéologie à travers des travaux des experts : Union Européenne, Organisation de Coopération et de Développement Économique, Fonds Monétaire International, Banque Mondiale, etc. Là encore les organismes de financement les plus influents au niveau mondial, tels que la National Science Foundation aux États-Unis ou le Wellcome Trust au Royaume-Uni, exigent souvent que les résultats des recherches qu’ils financent soient publiés en anglais pour maximiser leur impact et leur diffusion. Pour les contraintes liées au domaine de recherche, l’expert propose de faire des études comparées, en travaillant sur des sujets internationaux ou régionaux, c’est-à-dire des questions qui touchent plus d’un pays à la fois, quel que soit le domaine de recherche. Pour les contraintes linguistiques, le Professeur propose de faire de l’anglais la première langue de travail scientifique, et le français la deuxième.
Enfin, pour les contraintes liées à la maîtrise des TIC et du numérique, le Professeur Guy MVELLE demande aux enseignants-chercheurs de ne pas en faire une option, mais un outil fondamental de travail.