20/06/2024
Résolument pour deux heures de philosophie de la citoyenneté
Une occasion unique à ne pas manquer
Cette, en septembre que débutera la huitième de la mise en place du cours de Philosophie et Citoyenneté. Une heure obligatoire par semaine ; une deuxième heure de philosophique potentielle ou alors une deuxième heure à choisir parmi un choix d’options où l’on retrouve les cours de religions et celui de morale. Déjà avant sa mise en place en 2016, cette situation ne semblait pas idéale, c’est un euphémisme. Elle apparaît désormais et plus que jamais absurde et intenable, et ce pour plusieurs raisons objectives que nous ne voudrions pas hiérarchiser.
Evoquons des raisons pragmatiques d’abord.
Pour faire l’horaire complet d’un enseignant dont la matière n’est donnée qu’une période par semaine, il faut empiler le nombre de classes différentes au point que certains enseignants se retrouvent avec près de … 500 élèves à gérer, plusieurs écoles, pour un cours qui vise pourtant le vivre-ensemble, le dialogue, la connaissance de l’autre. La conséquence est en fait un mépris indirect des élèves.
Impossibilité de mémoriser les noms et prénoms de chacun, difficulté de prêter attention et soin à chaque classe et donc de créer ce lien de confiance pédagogiquement indispensable à la réussite des apprentissages, charge de travail considérablement accrue, voire intenable, en termes de correction et d’évaluation, etc. C’est donc une véritable gabegie pédagogique à laquelle s’ajoute le fait que la méthode philosophique est une ambitieuse compétence au service de la citoyennté qui mérite, plus que jamais une approche de type « pédagogie active », comme le programme y invite ?
Au final la mise en place du cours de philosophie et de citoyenneté aboutit à un résultat totalement opposé à sa raison d’être politique. Le CPC était censé être un lieu où les élèves se trouvent rassemblés autour des grandes questions de société et des problèmes et des enjeux de la citoyenneté aujourd’hui. Les élèves devaient s'y retrouver quelles que soient leur orientation philosophique ou religieuse. Nous constatons qu'en fait, c’est exactement l’inverse qui se passe parfois ! En effet, pour la deuxième heure, les élèves ont le choix entre CPC et les cours de religion ou de morale. La première heure devient donc celle où les élèves s’identifient et se reconnaissent en fonction de l’orientation « convictionnelle » qu’ils suivent ensuite en deuxième heure ou de son absence, quand ils ont opté pour le CPC. Il se trouve que c’est à l’occasion d’un problème juridique posé par les cours philosophiques, la non neutralité du cours de morale en l’occurrence, qu’il a été possible de mettre en place une approche critique et raisonnée, au moyen de la démarche philosophique, de la citoyenneté — de ses dimensions, des institutions, des droits et des pratiques qui la déterminent, et des enjeux qui la travaillent. Paradoxal non ?
Il s’agit donc de sortir de l’absurde et donner toute sa puissance et sa chance à ce nouveau cours, trancher définitivement le paradoxe qui le rattache aux cours dits convictionnels. Que l’on nous comprenne bien : il n’est pas question ici de se prononcer sur la place et l’avenir des cours de religion et de morale. C’est une tout autre question, qui doit être désormais traitée et réglée indépendamment du CPC. Les organiser relève de la Constitution, c’est une obligation, en faire des cours optionnels…est une option parfaitement légale. Nous pensons par contre qu'il est temps de faire le nécessaire pour que la neutralité du cours de Philosophie et citoyenneté soit dénuée de toute ambigüité en permettant aux élèves qui s'y trouvent de ne pas être pointés par les autres en fonction du choix philosophique ou religieux qui reste encore induit pour chacun dans le choix du contenu de la deuxième heure.
Deux heures de philosophie pour tous donc. Résolument et plus que jamais.
C’est un enjeu de société car un cours de philosophie exigeant dont l’objet est la citoyenneté, peut apporter à la fois une méthode, des savoirs, des outils susceptibles d’enrichir les élèves à titre personnel mais également dans leur rapport au monde et aux autres. Pourquoi n’offrir qu’à moitié cette opportunité à certains. Les élèves ne seront pas égaux dans l’enseignement supérieur, c’est d’autant plus vrai que lors de l’examen d’entrée en médecine, c’est le cours d’éthique qui ferait le plus de « dégâts ». Ajoutons que la Belgique est un des rares pays européen à ne pas proposer un cours de philosophie… et vous aurez compris que donner du temps et du crédit à ce cours est nécessaire.
Que faut-il en conclure ?
Que les conditions actuelles du CPC rendent la situation discriminatoire, pour les enseignants comme pour les élèves. Non seulement parce qu’il est plus commode d’apprendre à problématiser philosophiquement, distinguer arguments logiquement valides et sophismes, conceptualiser des situations éthiquement complexes, si l’on a le temps de le faire et surtout qu’on le fait régulièrement. Non seulement parce que la disponibilité et l’attention de l’enseignant à l’égard de ses élèves, son investissement dans l’école, est tout autre s’il a quatre ou cinq classes plutôt que dix ou douze, et s’il est dans un ou deux établissements plutôt que cinq ou six. Mais aussi et surtout parce qu’une quarantaine de minutes par semaine ne donne à ce cours aucune chance d’exister tel qu’il a été prévu par le Décret de juillet 2015, puis par le Référentiel et le Programme. Le CPC à une période par semaine seulement, c’est, en fait, et malgré toutes les bonnes intentions et l’énergie des uns et des autres, au mieux un mensonge à l’égard de ce qui est annoncé, au pire un moyen de dégoûter et de détourner ceux qui le vivent de près ou de loin (élèves, parents, enseignants…) de la démarche philosophique, et de l’objet et de l’objectif auxquels elle doit s’appliquer — la citoyenneté.
Que pour éviter cet immense gâchis et permettre que le cours de CPC puisse complètement être à a hauteur des espoirs de ceux et celles qui ont contribués à son émergence, nous réclamons donc qu'il soit donné sur deux périodes obligatoires.
Que ce cours est plus que jamais nécessaire mais qu’il doit être exigeant. A la fois commun à tous les élèves de la Fédération Wallonie Bruxelles mais également adapté aux réalités des élèves et des établissements.
Que l’organisation potentielle des cours « convictionnels » est inscrite dans la constitution mais ne doit plus être liée au cours de CPC, ce que le jugement et l’arrêt de la Cour Constitutionnelle induisaient pourtant. Il s’agissait d’éviter toutes discriminations.
Qu’il faut définitivement considérer qu’il s’agit d’un cours de philosophie dont l’objet est la citoyenneté. Et non de deux cours distincts, un cours de philosophie et un cours de citoyenneté, un intitulé qui entretiennent l’ambiguïté, une ambiguïté qui a abouti à ne pas inscrire ce cours dans l’enseignement confessionnel qui perd ainsi la richesse de la philosophie.