31/08/2026
Avez-vous déjà entendu parler du « tribunal du vocabulaire » ? Moi non plus. En tout cas, pas sous cette appellation.
Je sais depuis belle lurette qu’ils sont nombreux, ces « juges » de la langue qui se permettent de disqualifier un mot, une tournure et, parfois, dans la foulée, la personne qui les emploie et l’ensemble de ses compétences.
À commencer par l’Académie française, qui indique ce qu’elle considère comme correct, déconseille certains emplois, en condamne d’autres et recommande certaines formes. Sa rubrique « Dire, ne pas dire » en est une parfaite illustration. Une conception très normative de la langue, qui me paraît souvent bien peu en phase avec la manière dont celle-ci vit, se transforme et s’invente dans la bouche et sous la plume de ceux qui la parlent.
C’est précisément cette conception figée du « bon français » qui me hérisse : celle qui voudrait que la langue soit d’abord un patrimoine à surveiller plutôt qu’une matière vivante dont les locuteurs s’emparent.
Mais aujourd’hui, c’est un tribunal composé d’une seule personne qui m’a jugée et condamnée, sans argument ni procès. Mon crime ? Dans la newsletter que j’ai envoyée ce midi, j’ai eu l’audace d’écrire : « Je vous souhaite une belle rentrée. » C’est ce mot, « belle », qui semble poser problème. J’aurais probablement dû écrire « bonne rentrée », formule plus conventionnelle. Mais justement : j’ai choisi « belle ». Pour moi, l’adjectif est plus expressif, plus chaleureux, plus enthousiasmant. Une « bonne rentrée », c’est une rentrée qui se passe bien. Une « belle rentrée », cela ouvre un peu plus grand la fenêtre.
Et puis j’aime l’idée que nous puissions nous approprier notre langue, jouer avec ses nuances, choisir un mot non parce qu’il est le plus attendu, mais parce qu’il dit plus précisément ce que nous voulons dire.
J’ai donc répondu à cette personne que je ne souhaitais pas l’importuner davantage et que je préférais la supprimer de ma liste de diffusion. Elle m’a répondu : « Supprimez-moi, svp. Je ne suivrai jamais un cours avec une personne qui ne parle pas correctement. » C’était déjà fait.
N’empêche. Même venant d’une personne que je ne connais pas et que je ne connaîtrai jamais, ce genre de jugement me fait bondir. Parce qu’il touche exactement à ce contre quoi je travaille chaque jour : cette idée qu’il existerait une seule manière légitime de manier la langue, et que s’en écarter permettrait de distribuer bons et mauvais points.
J’avais juste envie de déposer cela ici, pour que ça sorte de ma tête.
Et puisque la pièce à conviction existe, voici la newsletter dans laquelle se cache le délit 👇
https://mailchi.mp/d4c4324f9caf/newsletter-septembre-2026
Je signe, persiste et, circonstance aggravante, récidive : je vous souhaite une belle rentrée !