15/12/2021
TEXTE
Ah! dit mon père. Je ne m'étonne plus que ton maître se plaigne de toi. Je le vois bien, tu es dissipé. C'est à cause de ta paresse qu'il ne t'a pas changé de division, il me l'a dit.
C'était en effet ma deuxième année d'école et j'étais toujours dans le même cours. Cette révélation inattendue me surprit beaucoup. Apparemment, le maître avait parlé de moi à mon père. Moi qui croyais passer inaperçu parmi la cinquantaine de camarades qui formaient la classe, voilà qu'il se rendait compte de mon travail, qu'il me connaissait particulièrement, qu'il connaissait mon père !
C'était donc qu'il connaissait tous tous les élèves ! Certainement, il aimait les bons et détestait les mauvais. Pourtant, il n'y avait aucun indice visible qui montrât qu'il nous différenciait. J'avais beau réfléchir, je ne trouvais pas. Tant p*s, il fallait se rendre à l'évidence. Il avait dit à mon père que j'étais un mauvais élève ...
Mon père pensait m'avoir fait de la peine par le ton sévère qu'il avait pris .
Au fond j'étais presque heureux de constater qu'il s'intéressait a ce que je faisais, qu'il était peiné de me voir parmi les traînards et qu'il partageait cette peine avec le maître. Cette petite réprimande me fît prendre mon rôle au sérieux. J'exagérai mon importance. En réalité, mon père était plus fâché de ma flânerie que de ma mauvaise place à l'école. Je suis bien certain que c'est tout à fait par hasard, au cours d'une conversation ordinaire, grâce à une association d'idées quelconque, que l'instituteur avait parlé de moi à mon père. N'empêche ! Cette scène décida de mon avenir d'écolier : à partir de ce jour, je devins bon élève presque sans effort.