L’objectif général du programme de recherche de la Chaire est de travailler à mieux comprendre, sur le plan philosophique, la nature des représentations mentales, et en particulier de ce que l’on appelle les attitudes propositionnelles (croire que, vouloir que, avoir l’intention de, etc.) L’originalité de notre approche tient à deux choses :
- d’abord, elle repose principalement sur l’exploitat
ion de l’histoire de la philosophie, et notamment de la philosophie médiévale;
- elle privilégie, ensuite, une position dite nominaliste, selon laquelle il n’existe dans la réalité que des êtres singuliers et concrets, toute généralité étant en définitive une affaire de signification, linguistique ou mentale. La philosophie, au cours des deux ou trois dernières décennies, a été profondément stimulée par l’essor spectaculaire des sciences cognitives, comme la psychologie de la connaissance, la linguistique générative, l’intelligence artificielle ou les sciences neuronales, et l’on a même pu parler à ce propos d’un véritable « tournant cognitiviste » en philosophie. Or c’est une caractéristique saillante de la philosophie qu’elle entretient toujours avec son histoire un dialogue d’autant plus vivant et fécond sur le plan théorique qu’il est alimenté par une compréhension plus précise et plus profonde des textes du passé et de leurs contextes propres. Notre conviction est que l’histoire de la philosophie de l’esprit et du langage, et celle en particulier de la tradition nominaliste médiévale, encore peu exploitée en ce sens, recèlent d’inestimables ressources pour la clarification d’énigmes aujourd’hui devenues centrales en sciences cognitives. Voici quelques exemples des questions théoriques qui nous intéressent :
- qu’est-ce au juste qu’un concept ?
- qu’est-ce qu’une croyance ?
- comment les concepts et les croyances sont-ils reliés aux choses du monde qu’ils sont censés représenter ?
- quel est leur lien avec les langues naturelles de communication ?
- comment peuvent-ils jouer un rôle causal dans la vie des agents concernés ?
- comment des concepts généraux et adéquats sont-ils possibles dans un monde où il n’y a que des individus ?
- comment les concepts peuvent-ils se combiner entre eux pour former des représentations mentales complexes, vraies ou fausses ? Notre programme, de la sorte, est à l’intersection de trois secteurs de recherche qui ont été particulièrement dynamiques au cours des dernières années : la théorie de la représentation mentale, la problématique du nominalisme et l’histoire de la philosophie de l’esprit et du langage.