19/04/2026
Le miroir de la guerre
J’ai parlé de la guerre déclenchée par Poutine comme d’un révélateur de la réalité, comme d’un miroir.
Il y avait des réalités que je connaissais, – celle, surtout, de la nature mortifère du régime de Poutine ; ceux d’entre vous qui me lisent depuis avant février 2022 savent que je n’avais cessé d’en parler, savent que c’était la raison principale du fait que j’avais décidé de revendre l’appartement que j’avais acheté en 1991 à Pétersbourg pour essayer de regrouper le peu qui restait des meubles de ma grand-mère. Il y avait aussi d’autres raisons, – j’en parle dans « L’Appartement » publié chez Éditions Inculte, – mais, d’année en année, et alors même que Pétersbourg est le seul endroit du monde où j’ai vraiment l’impression d’être chez moi, ou plutôt pas chez moi, mais « de là » , il y avait quelque chose qui montait dans l’air ambiant, quelque chose de pesant et, je dirais, de méchant, – oui, je ne vois pas d’autre mot que ce mot-ci, tellement, on pourrait croire, naïf, – dans l’atmosphère. Pas quelque chose contre l’Ukraine, pourtant (en tout cas, moi, je n’ai jamais senti ça), mais contre le reste du monde, l’Occident, et, finalement, quand j’y pense, pas même contre l’Occident, mais, dans les discours officiels, dans les actes, contre, essentiellement, tout ce qui pouvait remettre en cause le stalinisme, contre l’idée qu’un désaccord politique, même radical, ne suppose pas que l’on soit un traître et qu’il faille vouloir à toute force vous tuer. – Je sentais aussi s’appesantir la chape de plomb de la corruption (et Dieu sait, pourtant, que la Russie a toujours été corrompue, – que toute la littérature depuis le XIXe ne parle que de ça),, – mais, je ne sais pas, je sentais aussi une espèce d’ankylose, quelque chose qui se mouvait de plus en plus difficilement, qui allait de plus en plus mal, d’une misère toujours croissante, – misère que recouvrait de moins en moins le confort occidental de la vie dans une grande métropole. Je sentais,