24/12/2025
Un compositeur au destin romanesque, mais une musique d’une rare délicatesse
Alessandro Stradella, célèbre compositeur italien du XVIIe siècle, mena une vie si riche en épisodes captivants (flirt avec les femmes d'autrui, escroqueries financières et fugues amoureuses) qu'elle a été une source d'inspiration, du XIXe siècle à nos jours, pour des opéras, des films et des romans. Considéré par le Romantisme comme un artiste génie, à la vie à la fois tumultueuse et intense, il composa une musique d'une expressivité extraordinaire, comme en témoigne l'air « Sovrano mio bene », tiré de sa cantate de Noël « Ah, troppo è ver » et accompagné par un ‘concerto grosso’ (un petit groupe d'instruments solistes alternant avec un orchestre complet). Cette cantate fut composée et jouée à Rome dans les années 1670, à une époque où il était courant d’exécuter de cantates la veille de Noël dans divers lieux de la capitale de la chrétienté (principalement au Palais apostolique, mais aussi dans des académies, des confréries et des chapelles privées des palais cardinalices). Dans la cantate, les Bergers, ayant appris de l'Ange la naissance de Jésus, se rendent à la cabane où ils trouvent Marie chantant un air d'une grande beauté, « Sovrano mio bene », expression de son intense amour maternel : « cette âme, qui se réjouit sereinement en vous, déverse son amour intérieur du son ventre maternel sous forme de pluies paisibles à vos pieds». L’accompagnement orchestral pianissimo, le tempo ternaire, le rythme lent, le jeu continu de retards, la pé**le confiée aux instruments graves ainsi que la progression ondulante de la ligne vocale vise à créer l'effet d'une berceuse, interrompue seulement par l'irruption temporaire d'un sentiment de Marie plus joyeux et moins contemplatif dans le rythme dansant d’une gigue.