26/09/2026
À LA MÉMOIRE DE LA PROFESSEURE TANELLA BONI
Samedi 19 septembre – Samedi 26 septembre...
Cela fait une semaine que le décès de la professeure a été porté à notre connaissance.
Depuis, les mots se font rares.
Comment parler de celle qui a consacré tant de mots à la pensée, à la poésie, à l’enseignement et à la transmission ? Comment rendre hommage à une femme dont la vie même fut une invitation à penser, à écrire, à chercher et à transmettre ?
Avec Hampâté Bâ, nous savons que
« Lorsqu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. »
À Toulouse, ce 15 septembre, une bibliothèque est partie en flammes.
Nous avons perdu une voix majeure de la littérature, de la philosophie et de la poésie ivoirienne et africaine. Nous perdons une enseignante, une philosophe, une poétesse, une femme de lettres. Mais surtout, nous perdons une présence qui avait fait de la transmission une véritable vocation.
Pourtant, quelque chose demeure.
Une bibliothèque ne disparaît jamais complètement quand ses livres restent ouverts, quand ses pensées continuent d’être lues, quand ses enseignements habitent ceux qui les ont reçus.
C’est peut-être là la profondeur de l’héritage que Tanella Boni nous offre.
Dans son hommage au Professeur Niamkey Koffi, elle écrivait :
« Quand celui que l’on honore a à son actif une longue carrière, c’est à proprement parler la patience de la transmission que l’on célèbre. »
Aujourd’hui, ces mots résonnent autrement. En les relisant, nous comprenons mieux ce qu’elle nous laisse : la patience de la transmission.
Cette patience, elle l’a incarnée dans l’enseignement, l’écriture, la poésie, les rencontres et l’attention portée aux autres.
Elle poursuivait :
« La transmission a commencé en un temps et en un lieu, mais le flambeau reçu par des milliers d’étudiants et de lecteurs, il faut l’espérer, est passé de relais en relais. »
Ce flambeau, aujourd’hui, nous le recevons.
Recevoir ce flambeau, ce n’est pas seulement se souvenir de la professeure. C’est accepter de faire vivre ce qu’elle nous a transmis.
Par la transmission, elle voulait « forger des âmes et former des esprits critiques », afin que chacun puisse « tracer son propre chemin » et apprendre à connaître le monde « par soi-même ».
C’est cette liberté de pensée que nous célébrons à travers Poeticales, qui chaque année réchauffe nos rentrées universitaires en nous faisant redécouvrir la poésie, la philosophie dans la poésie, et la complémentarité entre art poétique et philosophie. Elle a rassemblé étudiants, jeunes, poètes et slameurs..., faisant de la parole un espace vivant d’écoute, de réflexion, de création et de partage.
C’est pourquoi son absence nous confronte aujourd’hui à une responsabilité.
Nous sommes étudiants en philosophie, lecteurs, jeunes penseurs ou simples héritiers de cette parole. Nous ne pouvons pas seulement pleurer son départ. Nous devons prendre soin de ce qu’elle nous a confié. Et, à partir de là, bâtir de nouvelles connaissances au service du bien-être social.
Il est urgent, cher·e·s ami·e·s, de :
Lire ses livres.
Faire vivre sa pensée.
Continuer à la questionner.
Écrire.
Transmettre à notre tour.
Car le véritable hommage ne réside peut-être pas seulement dans le regret de son absence mais dans la volonté que ce qu’elle a patiemment semé ne s’éteigne jamais.
Tanella Boni nous laisse une œuvre immense, mais surtout une exigence : penser par nous-mêmes et permettre à d’autres de penser à leur tour.
Le flambeau passe désormais de relais en relais.
Nous le recevons avec reconnaissance.
À la femme de pensée, à la femme de lettres, à la philosophe, à la poétesse, à l’enseignante, à la mère... nous adressons notre hommage le plus profond.
Merci pour les livres.
Merci pour les enseignements.
Merci pour les paroles.
Merci surtout pour "Poeticales".
Que votre mémoire demeure vivante.
Que vos livres continuent de nous parler.
Que votre pensée nourrisse les générations à venir.
Et que le flambeau de la transmission ne s’éteigne jamais !
Reposez en paix, Professeure Tanella Boni.
Amadou Hampâté Bâ,
>, PARIS, PRÉSENCE AFRICAINE, 1972, p. 21.
Tanella Boni, >, in REVUE IVOIRIENNE DE PHILOSOPHIE ET DE CULTURE, LE KORE, N° 45-2014, p. 99.