21/08/2024
CONFIGURATION STANDARD DE LA PROPRIÉTÉ D'UN NOTABLE.
Le domaine d'un notable se reconnaît aux principaux éléments suivants : une place haute appelée le "yo" située en amont, reliée par une avenue "to" à une cours basse "teto"; une grande case "cheng", des cases des femmes bâties de part et d'autre de l'avenue principale. Eventuellement des parapets "ko"o", un ou plusieurs "tchuep"
Le "yo" ou la place haute
Tous haut dignitaire possède à l'entrée de son domaine une grande place de cérémonie appelée "yo". Pour recevoir l'autorisation de creuser un "yo", le notable doit adhérer à plusieurs "mkem" et posséder un patrimoine humain (femmes et enfants) importants pour entretenir et animer la structure. Il doit surtout verser au Fo des frais élevés en espèces et en nature. Le "yo" symbolise le bonheur partagé et la générosité de son propriétaire. Les seuls événements tristes organisés sur ce podium de la joie sont les obsèques du maître des lieux, celles de sa mère et si cela arrivait, celles de son premier enfant.
Le "to" et le "ko"
Le "to" est la grande avenue qui part du "yo" au portail principal. Les plus riches obtiennent que leur "to" soit enjambé par endroit d'un ou de plusieurs "ko'o". Le "ko'o" est un ouvrage constitué de deux chaumières reliées à la base de la toiture au dessus de l'avenue, par une passerelle couverte en bambou.
Le "ko'o" sert d'abri aux passants en saison de pluie, de salle d'attente ou de coulisse pour certaines affaires et parfois aussi de tour de contrôle.Le "ko'o" signale à l'étranger, qu'il passe progressivement de l'extérieur à l'intérieur. Même si on peut valablement considérer le "ko'o" et le "to" comme des servitudes naturelles du "yo", ils se négocient auprès du roi dans un contrat particulier.
Le "teto" ou la place basse
Le "teto" est la cour basse. Il s'agit d'un "yo" mineur situé dans le prolongement de "to". Le "to" est réservé aux réjouissances intimes de la famille (mariages, nomination et succès de tout genre). C'est au "teto" que se déroulent les obsèques des membres de la famille à l'exception de ceux pleurés sur le "yo".
La grande case "cheng"
Le"cheng" est le chateau rêvé de chaque notable; symbole par excellence de la réussite sociale. Les conditions à remplir et les droits à payer pour recevoir le permis de bâtir sont si lourds que plusieurs notables, de fortune moyenne,renoncent à leurs ambitions. En règles générales, la possession du "cheng" est l'apanage des membres des "mkems" majeurs. Le "cheng" doit s'imposer par sa dimension et sa beauté sur toutes les autres constructions du lieu. L'ouvrage tient surtout sa prestance de son parvis "peng" et des multiples colonnes qui soutiennent la charpente de l'extérieur. Sur l'échelle du prestige; les "chengs" dont la façade principale est totalement tapissée de bambous prime sur tous les autres.
Véritable coeur du domaine, le feu est régulièrement allumé dans le "cheng". Tous les enfants s'y réunissent le soir pour partager le dernier repas de la journée avec leur papa. C'est dans le "cheng" qu'un Bamiléké accompli habite au milieu des crânes de ses illustres ancêtres.
Quand le feu s'éteint, le propriétaire des lieu est enterré devant son "cheng".
Le bois familial
Chaque domaine digne de ce nom entretient un bois, de préférence autour de la rivière ou d'un point d'eau. On y cultive principalement le palmier raphia. Cette plante est ici un véritable don du ciel; sa sève donne un délicieux breuvage présent à toutes les occasions festives. Ses bambous sont utilisés pour la construction des maisons, la fabrication du mobilier et des objets d'art; ses souches, utilisées comme bois de chauffage.
Le bois familial abrite les autels des dieux, et constitue avant tout, une réserve de bois de chauffage. En dehors des petits rongeurs, la chasse n'y est pas conseillée de peur de porter atteinte à l'animal totem du propriétaire des lieux. Il fournit aussi des plantes médicinales nécessaires aux premiers soins.
Extrait du : La'akam ou le Guide Initiatique au savoir être et au savoir vivre Bamiléké.
Maître Monaco 670892237