01/06/2026
Le Cameroun est un pays extraordinaire. Un pays où l'on peut signer un contrat sans jamais en recevoir une copie. Un pays où l'on peut travailler pendant des semaines sans savoir exactement quelles sont les clauses qui encadrent son engagement. Un pays où l'on peut être officiellement recruté, formé, déployé sur le terrain, recevoir quelques paiements partiels, puis être abandonné dans un silence administratif si profond qu'on finit par se demander si l'on existe encore dans les bases de données de l'État.
Le RGPH-RGAE est pourtant présenté comme l'une des opérations les plus importantes de la décennie. Il s'agit de compter les populations, les ménages, les activités agricoles, les ressources du pays afin de permettre à l'État de mieux planifier son développement. Sur le papier, l'ambition est noble. Dans les discours officiels, l'opération est historique. Dans la réalité du terrain, elle ressemble parfois à une expérience sociale destinée à mesurer jusqu'où la patience humaine peut être poussée.
Les agents ont été recrutés. Ils ont été formés. Ils ont signé des contrats dont ils ne possèdent aucun exemplaire. Ils ont reçu quelques paiements partiels, puis plus rien. Malgré cela, ils sont censés continuer à répondre présents, à mobiliser leurs équipes, à rassurer les populations et à faire preuve de professionnalisme.
Le plus fascinant est que le professionnalisme semble être une obligation réservée aux agents de terrain. Les responsables peuvent manquer de communication, les paiements peuvent prendre du re**rd, les informations peuvent disparaître, mais l'agent, lui, doit rester exemplaire. Il doit être motivé, disponible et enthousiaste. Il doit travailler aujourd'hui en espérant être payé demain. Ou après-demain. Ou un jour.
Dans cette grande aventure administrative, le chef d'équipe devient une sorte de psychologue bénévole. Il rassure ses agents sans disposer lui-même d'informations fiables. Il répond à des questions auxquelles personne n'a pris la peine de