07/03/2026
Le convivialisme
Un chemin vers la convivialité,
Un livre nouveau sur la convivialité comme une philosophie de la nouvelle humanité dans laquelle à laquelle nous devons nous identifier, à la suite d’une humanité dégradée par tous les préjugés, injustices historiques, systèmes sociaux et économiques inégaux, mondes séparés… mondes en pleine crise, mondes en guerre
Extraits
1- « Avant-propos
Par Francis Danvers et Marie-Lise Lorthiois
Les convivialistes sont des femmes et des hommes qui ont de la suite dans les idées. Héritiers de la pensée d'Ivan Illich (1926-2002) pour qui chaque moment de l'existence est une occasion de s'instruire, de partager et de s'entraider, les convivialistes du XX* siècle ont pour horizon d'action de préserver les « communs planétaires ».
D'une certaine manière, le convivialisme est à la convivialité ce que le libéralisme est à la liberté. A. Caillé (2009) a structuré de manière décisive, le mouvement anti-utilitariste de l'action humaine dans les sciences sociales en référence à Marcel Mauss (1872- 1950) et en contextualisant ce courant de pensée dans le cadre d'une sociologie générale.
La « génération d'après » relève le triple défi de porter le message de manière synchrone en France, en Europe et dans le Monde, dans la perspective d'une démocratie renouvelée et apaisée.
Les 74 témoignages rassemblés par
M. Humbert, économiste, professeur des universités à Rennes et cofondateur du mouvement convivialiste, soulignent à des degrés divers, l'urgence écologique, la nécessité de réduire la conflictualité entre les êtres humains et le respect du triptyque « Avoir-Pouvoir-Savoir » dans la dimension existentielle de la reconnaissance d'autrui (P.
Ricœur).
L'humanisme et le progressisme vont-ils résister aux « vents mauvais » des extrêmes droites dans le monde ?
Certain.e.s en appellent à des « mesures de basculement » pour lutter contre l'hubris, au nom d'une résistance spirituelle et culturelle :
universalisme pluriversalisme.
On le voit, au fondement de l'humanisme convivialiste, il y a cet impératif moral de type kantien que la vie, humaine en particulier, doit être considérée de manière inconditionnelle comme une valeur suprême. Homo sapiens trop souvent demens (E. Morin) peut être aussi Homo pontifex (M. Serres), celui ou celle qui établit des ponts, du dialogue et de la réconciliation.
Bon nombre de témoignages mettent l'accent sur les dégâts occasionnés par les « néolibéraux capitalistes et spéculatifs » indifférents à la Misère du monde (P. Bourdieu).
Face à ce capitalisme néolibéral et financier surgit la nécessité d'une transition qui doit être accompagnée par les acteurs sociaux, et pas seulement par les politiques, trop souvent habités par un regard surplombant ressenti comme méprisant par les « gens d'en bas ».
Mais cette mutation sociétale n'est pas suffisante, elle concerne tout à la fois l'éducation et la méritocratie élitaire qui doivent céder la place au développement culturel et humain de tous et à tous les âges de la vie.
Cette nouvelle orientation existentielle, pour la décennie à venir, suppose un changement d'horizon pour répondre au défi d'un monde déboussolé : le passage d'une société d'individus à la co-construction d'une société basée sur les communs. »
« 2- Le convivialisme pour un humanisme régénéré
Préface d'Edgar Morin
Ce recueil montre la richesse et la diversité de la compréhension et des mises en pratique, par chacune des personnes qui y font référence, de la boussole du convivialisme. Et j'ai moi aussi joint mon témoignage au leur.
Dans nos actions personnelles ou collectives, dans l'intime ou dans l'espace public nous avons toutes et tous en commun de percevoir que ce convivialisme est un humanisme.
Mais il ne s'agit pas de n'importe quel humanisme, il faut le caractériser, ce qui peut se faire en trois points :
1- l'humanisme que nous proposons est un humanisme régénéré par la conscience de l'origine commune et de la communauté de destin de l'humanité,
2- l'universalisme véritable (non occidentalo-centrique)
est inséparable de l'humanisme régénéré,
3- le convivialisme est inséparable de l'humanisme régénéré il en fait partie concrète.
Aujourd'hui je ne rédige plus de longues préfaces et pourtant il est nécessaire d'en dire un peu plus que ces quelques lignes, pour mettre en perspective cet attachant et pertinent recueil.
Mon Cher Marc, tu peux reproduire à suivre le texte que j'avais écrit en 2015 sur les deux humanismes qui explicite bien ce qu'est le convivialisme et ce qui rassemble tous ceux qui s'en réclament.
Les deux humanismes
Dans la civilisation occidentale, l'humanisme a pris deux visages antinomiques. Le premier est celui de la quasi-divinisation de l'humain, voué à la maîtrise de la nature.
C'est en fait une religion de l'homme se substituant au dieu déchu. Il est l'expression des vertus d'Homo sapiens/faber/oconomicus.
L'homme, dans ce sens, est mesure de toute chose, source de toute valeur, but de l’évolution. Il se pose comme sujet du monde et, comme celui-ci est pour lui un monde-objet constitué d'objets, il se veut souverain de l'univers, doté d'un droit illimité sur toute chose, dont le droit illimité à la manipulation.
C'est dans le mythe de sa raison (Homo sapiens), dans les pouvoirs de sa technique et dans le monopole de la subjectivité qu'il fonde la légitimité absolue de son anthropocentrisme.
C'est cette face de l'humanisme qui doit disparaître. Il faut cesser d'exalter l'image barbare, mutilante, imbécile, de l'homme autarcique surnaturel, centre du monde, but de l'évolution, maître de la Nature.
Une sève de fraternité
L'autre humanisme a été formulé par Montaigne en deux phrases : « Je reconnais en tout homme mon compatriote » ;
« On appelle barbares les peuples d'autres civilisations ».
Montaigne a pratiqué son humanisme dans la reconnaissance de la pleine humanité des indigènes d'Amérique cruellement conquis et asservis et dans la critique de leurs asservisseurs.
Cet humanisme s'est enrichi chez Montesquieu d'une composante éthique, dans le principe que, s'il faut décider entre sa patrie et l'humanité, il faut choisir l'humanité.
Enfin, cet humanisme devient militant chez les philosophes du XVIII° siècle et il trouve son expression universaliste dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.
Cet humanisme reconnaît dans son principe la pleine qualité humaine à chaque être de notre espèce ; il reconnaît dans tout être humain une identité commune au-delà des différences ; il sous-entend le principe défini par Emmanuel Kant : appliquer à autrui ce que nous souhaitons pour nous-mêmes.
Il sous-entend le principe posé par Friedrich Hegel : tout être humain a besoin d'être reconnu dans sa pleine humanité par autrui.
Il demande le respect pour ce qu'on appelle la « dignité » de chaque humain, c'est-à-dire de ne pas lui faire subir de traitement indigne.
Cet humanisme sera plus t**d nourri par une sève de fraternité et d'amour, vertu évangélique laïcisée.
Bien que concernant en principe tous les êtres humains, cet humanisme a été monopolisé par l'homme blanc, adulte, occidental.
Ont été exclus primitifs, arriérés, infantiles, qui n'ont pas accédé à la dignité d'Homo sapiens.
Ceux-là furent traités en objets et asservis, jusqu'à l'époque récente des décolonisations.
Des impératifs anthropo-éthiques
Nous n'avons pas besoin d'un nouvel humanisme, nous avons besoin d'un humanisme ressourcé et régénéré.
L'humanisme portait en lui l'idée de progrès et était porté par elle.
Le progrès, depuis Condorcet, était considéré comme une Loi à laquelle obéirait l'histoire humaine. Il semblait que raison, démocratie, progrès scientifique, progrès technique, progrès économique, progrès moral étaient inséparables.
Cette croyance, née en Occident, s'y était maintenue et s'était même propagée dans le monde en dépit des terribles démentis apportés par les totalitarismes et les guerres mondiales du XX* siècle.
En 1960, l'Ouest promettait un futur harmonieux, l'Est un futur radieux. Ces deux futurs se sont effondrés peu avant la fin du XX° siècle, remplacés par incertitudes et angoisses, et la foi dans le progrès doit être non plus dans un futur de promesses, mais dans un futur de possibilités.
Dans ce sens, l'humanisme régénéré se propose la poursuite de l'hominisation en humanisation en y introduisant les impératifs anthropo-éthiques.
Let us make man (« Faisons l'homme »).
L'humanisme régénéré est essentiellement un
humanisme planétaire. L'humanisme antérieur portait en lui un universalisme potentiel. Mais il n'y avait pas cette interdépendance concrète entre tous les humains, devenue communauté de destin, qu'a créée et qu'accroît sans cesse la mondialisation.
Comme l'humanité est désormais menacée de périls mortels (multiplication des armes nucléaires et des guerres civiles internationalisées, déchaînement de fanatismes, dégradation accélérée de la biosphère, crises et
dérèglements d'une économie dominée par une spéculation financière incontrôlée), la vie de l'espèce humaine et, inséparablement, celle de la biosphère deviennent une valeur primaire, un impératif prioritaire.
Nous devons comprendre alors que si nous voulons que l'humanité puisse survive, elle doit se métamorphoser.
Karl Jaspers l'avait dit peu après la seconde guerre mondiale :
« Si l'humanité veut continuer à vivre, elle doit changer. »
Or, aujourd'hui, le problème primaire de la vie est devenu la priorité d'une nouvelle conscience, qui appelle une métamorphose. »