12/10/2026
Réponse à Mme CANTEGREIL
Madame,
Je vous remercie d’avoir consacré une publication aux 90 ans du lycée Sainte-Cécile et d’avoir ainsi contribué à faire connaître l’histoire de notre établissement.
Votre article m’invite toutefois à prendre un peu de recul et à m’interroger sur la manière dont nous regardons nos établissements, leurs missions et celles et ceux qui les font vivre.
Derrière les photographies d’une célébration, il y a une histoire, des femmes et des hommes, des engagements parfois invisibles, des difficultés bien réelles et, surtout, des jeunes qui nous sont confiés.
Je souhaite d’abord rappeler que le lycée Sainte-Cécile est une association Loi 1901 sous contrat avec le Ministère de l’Agriculture. Il assure une mission éducative et de formation au service de la jeunesse et du territoire. Notre engagement s’inscrit dans une réalité concrète : accompagner les jeunes, accueillir les familles, favoriser l’insertion et construire des parcours qui donnent à chacun la possibilité de trouver sa place.
À Sainte-Cécile, nous connaissons nos contraintes. Pour 130 élèves, notre foyer représente environ 60 m² sans abris extérieur. Nous recevons les enfants et les familles dans une salle communale que nous louons, faute d’espaces suffisants dans nos locaux, notre restaurant scolaire est situé à 1,5 km de l’établissement... Ces réalités ne se voient pas nécessairement sur les photographies d’un anniversaire, mais elles font partie de notre quotidien.
Et pourtant, nous avançons, nous innovons et nous construisons des projets. Nous avons notamment piloté la création d’une Section Sportive dédiée au football avec deux établissements publics du territoire, un lycée agricole public et le collège Clément-Janequin. Cette coopération illustre une conviction qui m’est chère : lorsque les établissements unissent leurs compétences, au-delà de leurs statuts, ce sont les jeunes qui en bénéficient.
La souffrance scolaire existe et doit nous mobiliser collectivement. Notre établissement n’a pas connu d’émeutes. Je ne prétends pas que tout y soit toujours simple, ni que nous détenions toutes les réponses. Mais je crois profondément que la confiance, l’écoute et la bienveillance ont une place essentielle dans l’accompagnement des jeunes. Ceux que nous accueillons ont, bien souvent, besoin qu’on porte sur eux un regard de confiance, qu’on reconnaisse leurs capacités et qu’on leur donne la possibilité de croire en eux.
Cela nous invite à une réflexion plus large : au-delà des moyens matériels et humains, quelle place accordons-nous à la relation éducative dans nos établissements ? Comment mieux comprendre le mal-être de certains jeunes ? Comment faire en sorte que chacun puisse se sentir accueilli, respecté et accompagné ? Ces questions méritent d’être posées avec humilité, sans jugement et sans opposer les réalités les unes aux autres.
Ces 90 ans ont également été l’occasion de rendre hommage à Sœur Providence, âgée de 94 ans, qui vit toujours au sein de notre établissement. Son parcours et son engagement au service des autres nous rappellent avec émotion que l’éducation est avant tout une aventure humaine, faite de présence, de transmission, de patience et d’attention portée à chacun.
Je tiens aussi à rappeler qu’un anniversaire de cette ampleur ne se prépare pas en quelques jours. Il a nécessité des mois de préparation, de coordination et d’investissement collectif. Les enseignants, les personnels, les élèves, le conseil d’administration, les bénévoles et les partenaires se sont mobilisés avec une générosité remarquable. Mes collaborateurs ont travaillé de jour comme de nuit, week-ends compris, sans compter leur temps ni leur énergie.
Derrière cet événement, il y a donc bien davantage qu’une fête ou qu’une présence institutionnelle. Il y a une communauté qui s’est engagée pour célébrer 90 ans d’histoire, rendre hommage à celles et ceux qui l’ont construite et faire vivre un moment fort pour notre territoire.
La présence des élus et des représentants de l’État à nos côtés a été vécue comme une reconnaissance de cette histoire, de notre engagement et de notre place dans la vie locale. N’est-ce pas aussi le rôle des institutions que d’accompagner les acteurs d’un territoire, de connaître leurs réalités et de soutenir les initiatives qui contribuent à répondre aux besoins de la population ?
Madame, à plusieurs reprises, vous avez consacré des publications à notre établissement. Cette récurrence m’interpelle et m’amène à m’interroger sur le regard porté sur notre travail, nos missions et nos projets. Je reste bien entendu ouverte aux questions, aux échanges et à la critique, dès lors qu’ils permettent de mieux comprendre notre réalité.
Par ailleurs, les photographies que vous avez publiées semblent avoir été prises lors d’une soirée privée organisée dans le cadre de cet anniversaire. Or, sauf erreur de ma part, je ne vous ai pas retrouvée sur la liste des personnes invitées à cette soirée. Je m’interroge donc naturellement sur les circonstances dans lesquelles ces images ont été prises et sur la manière dont elles ont été recueillies.
Je serais heureuse de vous accueillir au lycée Sainte-Cécile afin de vous faire découvrir nos locaux, nos contraintes, nos projets et, surtout, les personnes qui donnent chaque jour du sens à notre mission. Nous pourrions échanger librement sur les réalités de notre établissement et sur les défis éducatifs de notre territoire.
Je suis convaincue que la rencontre et la connaissance mutuelle permettent de dépasser les représentations et de nourrir une réflexion plus juste.
Quatre-vingt-dix ans d’histoire, ce ne sont pas simplement des festivités. Ce sont 90 ans d’engagement au service de la jeunesse, des familles et du territoire, avec ses réussites, ses difficultés et sa volonté de continuer à avancer.
Au fond, notre responsabilité collective est peut-être là : faire en sorte que chaque jeune puisse trouver auprès des adultes un cadre, une écoute, une confiance et une perspective d’avenir.
C’est cette ambition humaine qui guide notre engagement à Sainte-Cécile, et c’est avec cette même ouverture que je vous invite à venir à notre rencontre.
Emmanuelle CREPIN
Directrice