04/11/2019
Le nouvel Observateur soutient depuis le 22/X/2019 une diatribe contre la psychanalyse dans les institutions y compris dans la justice dont la motivation profonde échappe. Véronique Pradier la journaliste, signataire de l’ensemble, restitue un contenu pseudo-judiciaire déployé par une réalisatrice Sophie Robert que les pédopsychiatres connaissent pour sa virulence. Ah ben de toute évidence la journaliste a un parti pris certain !!, posta le 26 octobre à 6h05 un lecteur du site qui signe asco.
« Pourquoi les psychanalystes doivent être exclus des tribunaux ». Dans ce qui s’entend comme un « c’est pourquoi affirmatif », la notion même d’exclusion, son histoire et sa genèse, ses échos présents et passés appellent une réplique. « Il faut bouter la psychanalyse hors des tribunaux », « les psychanalystes doivent être exclus … » : ce sont autant d’injonctions visant tous ceux, médecins et/ou psychologues susceptibles de se réclamer d’une formation psychanalytique, désormais réputés « en violation avec la médecine et l’état des connaissances en santé ». Fake News, s’il en est.
A l’heure où les tribunes dénonciatrices se multiplient, celle-ci, en ses diktats irrecevables, prône une illusion scientiste falsificatrice, alors même que désormais à l’EBM (Evidence Based Medecine) la science et la médecine associent une autre EBM (Experience Based Medecine.
Nous, professeurs Danièle Brun et Alain Vanier, docteurs Franck Dugravier (pédiatre Bordeaux), Caroline Eliacheff (pédopsychiatre Paris), et Michèle Lévy-Soussan (PH Pitié-Salpêtrière), Marie-Armelle Roquand, psychologue en cancérologie, Geneviève Wrobel (Psychologue en néonatalité, Paris), Nathan Wrobel (Gynécologue-obstétricien, Paris)
signataires du présent droit de réponse, souhaitons rappeler la place de la psychanalyse dans différentes disciplines, notamment en médecine, et les valeurs dont elle se réclame.
Les progrès thérapeutiques et technologiques que l’on voit croissant aujourd’hui exigent encore et toujours de la part des soignants un compagnonnage différent avec les malades à tous les âges de la vie et avec leurs familles. La problématique ne fait que se diversifier et se sophistiquer avec les nouvelles façons de prévenir, de soigner et de guérir ainsi qu’avec la mondialisation de l’application des protocoles de soins.
Des colloques réguliers se tiennent en France de façon bi-disciplinaire sur des thèmes d’actualité. La Société Médecine et Psychanalyse SMP (www.medpsycha.org), créée en 2001, accueille pédiatres, cancérologues, généticiens, gynécologues obstétriciens pour échanger avec des praticiens, psychanalystes, psychologues, psychiatres ainsi qu’avec des philosophes ou des anthropologues.
Il ne s’agit là que d’un exemple entre beaucoup d’autres dont nos collègues universitaires veulent témoigner, mais aussi d’une voie de transmission centrée sur l’expérience (E.B.M.) et sur la recherche qui se mène sur le terrain et qui, depuis une dizaine d’années, se fait de plus en plus exigeante et participative. La présence des psychanalystes aux côtés des soignants dans l’univers hospitalier se fonde sur le respect des patients et sur leur accompagnement face aux douloureux événements psychiques et somatiques que la vie parfois leur réserve.
Jeter le discrédit sur l’exercice de ces pratiques porte dès lors atteinte aux représentations de l’humain. Faire fi des contrats de travail émis par les hôpitaux et les cliniques, compte tenu des formations délivrées, en appelant à leur dé-légitimation est condamnable.
Depuis 50 ans, le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche a étendu ses habilitations dans le champ de la psychologie, nommant des enseignants pour instruire, encadrer, favoriser l’insertion professionnelle des étudiants et leurs recherches.
La plupart des signataires de la tribune appelant à l’exclusion ont bénéficié de cette même offre universitaire. La contradiction interne est flagrante. Que l’université, en tant qu’instance officielle, soit de leur part accusée de « dispenser un enseignement en violation avec la médecine et l’état des connaissances de santé […] livré avec le mépris de la médecine », n’est qu’un procédé diffamatoire.
A Paris-Diderot, avec le soutien du Pr. P. Fédida, une équipe d’accueil doctoral composée pour partie de Professeurs de psychopathologie et pour une autre de Professeurs de médecine a été habilitée dès 2001 sous la responsabilité de Danièle Brun au sein d’un laboratoire initialement appelé « Médecine, sciences du vivant psychanalyse », qui devint CRPMS ( Centre de recherche Psychanalyse, Médecine et Société) avec le Pr. A. Vanier, et qui demeure sous ce nom.
Au-delà du fait que Freud, pour ou contre, se vend, se lit, se commente encore et toujours bien, sa pensée et son œuvre font partie de notre patrimoine. On peut dès lors estimer qu’en son fond, la tribune et ses signataires se réclament d’une rupture culturelle avec des valeurs, celles de la psychanalyse, qui sont inscrites dans celles qui font la démocratie depuis plus d’un siècle.