Religions, lieux et conflits Le premier traite de la coexistence entre communautés religieuses différentes et pose le problème de la conversion. Cette coexistence ou concurrence a engendré une abondante littérature de controverse (entre païens et chrétiens, païens et juifs, chrétiens et juifs, entre chrétiens entre eux, ou entre chrétiens et musulmans). Nous publierons et traduirons des sources in
édites ; nous les commenterons dans une perspective comparatiste et diachronique. La sacralisation de l’espace et son usage forment un complément physique au débat intellectuel. On s’interrogera (notamment nos archéologues) sur l’héritage des anciens modèles dans l’élaboration des lieux de cultes, sur la puissance symbolique de la destruction de lieux ou d’objets religieux pour marginaliser une communauté particulière, une interrogation dont l’actualité montre hélas la pertinence.
2. L’étude des rapports entre religion et rationalité forme l’axe suivant. Il s’agit de comprendre comment se sont forgés les instruments conceptuels, les modèles argumentatifs et les stratégies d’attaque et de défense des philosophes face à la religion, notamment chrétienne. Mais la critique des philosophes grecs à l’égard du polythéisme est reprise par les apologistes chrétiens : c’est tout un répertoire conceptuel qui est christianisé et qui se trouve transmis jusqu’à nous. Un volet de cette recherche examinera la notion débattue d’humanisme musulman. La médecine est un second champ d’application de ce thème : on examinera d’une part les rapports entre la médecine rationnelle et la médecine magico-religieuse, de l’autre la question de la transmission du savoir médical (du monde grec vers le monde arabe, de l’arabe et du grec vers le latin, mais aussi, ce qui est moins connu, de l’arabe vers le grec). Ces passages ne se font évidemment pas sans oppositions religieuses, comme le montrent l’histoire de la dissection ou les questions d’éthique dans les religions contemporaines.
3. Le troisième et dernier axe propose l’étude des pratiques religieuses dans le cadre des sociabilités au sens large (comme la musique, les traditions culinaires et la culture). Des thèmes invitant à des recherches renouvelées sur un plan comparatiste seront distingués : religions et argent (l’usage de la monnaie, le prêt à intérêt, les communautés religieuses comme acteurs économiques jusqu’aux banques islamiques), religion et droit (droit des édifices religieux, droit d’asile, droit matrimonial). Chaque axe donnera lieu à des éditions de documents, à des publications de monuments fouillés, à des monographies et des colloques ponctuels ou transversaux, dont certains étendus au monde contemporain. La diffusion des recherches s’étendra à la production de supports numériques éducatifs sur la Méditerranée et au lancement de collections grand public de sources traduites. Enfin, la valorisation sociétale de nos travaux est un enjeu fondamental : l’une des vocations du Labex RESMED sera redonner aux humanités une valeur d’expertise et de conseil auprès d’une société souvent démunie pour comprendre les liens entre religions et sociétés dans le monde méditerranéen.