03/10/2024
Lettre de Monique à Ebinto
Ebinto chéri,
Quand cette lettre te parviendra, j’aurai mis à exécution la décision la plus grave de ma vie.je serai partie.
Ces lignes, je les ai écrites au fil des jours passés auprès de toi. Pourtant, ce n'était pas dans l’intention que tu les lises un jour. Je me disais que tu pourrais les lire après ma mort. Aujourd'hui, je suis partie, c’est comme si j'étais morte et c'est pour cela que je t’envoie cette espèce de journal.
Il vaut mieux te le dire tout de suite, tu ne m’as pas comprise, Ebinto, toi seul à qui j’avais cru pouvoir confier mes joies et mes peines. Une dernière fois, j’essaie de t’ouvrir les yeux en te livrant mon cœur aussi sincèrement que possible.
Je vais remonter très loin dans le passé, je vais remonter au jour où tu arrivas à Bassam pour le première fois. Tu faisais alors la classe de 6ème et moi, le cours moyen 2ème année. J’étais encore une petite fille ignorant même jusqu'au mot amour. Dans la cour de mon père, nous nous amusions sur le sable comme un garçonnet et sa sœur. Près de toi, je me trouvais bien, étrangement bien. Je me sentais protégée par toi et j étais fière de marcher à tes cotés; Ce que j’éprouvais pour toi, c'était une admiration, une estime profond. Dès ce moment là, tu étais déjà à moi.
Pendant trois ans, nous avons vécu presque ensemble, continuant toujours à jouer. Pourtant, nos jeux n’étaient plus les mêmes. Tu ne me prenais plus à califourchon comme un bébé; nous ne luttions plus sur le sable. Nous avions grandi et commencions à être sérieux, et à penser profondément. Nos jeux n’étaient plus source de joie spontanée et éclatante, mais étaient faits de paroles douces, quelquefois de sous-entendus qui nous faisaient baisser les yeux ou même d’un merveilleux silence dans lequel chacun de nous se plaisait à imaginer les pensées de l’autre.
Je crois que ce fut au début de la 3ème que toute la vérité se fit jour dans mon esprit. Je me rappelle encore ce soir où tu me dis : “Bonjour Monique,