04/11/2026
ISOUTENANCEI Madeleine Planeix-Crocker soutiendra sa thèse intitulée « Pratiquer l'art ensemble, pratiquer l'institution : pour une nouvelle approche curatoriale », le vendredi 6 novembre 2026 à 14h, à l'EHESS, 54 bd Raspail, 75006 Paris.
Les personnes qui souhaitent assister à la soutenance sont invitées à se rapprocher de la candidate : [email protected].
Jury :
• M. Esteban Buch (Directeur de thèse), EHESS
• Mme Elizabeth Claire (Co-Directrice), CNRS
• Mme Véronique Beneï, CNRS
• Mme Rozenn Canevet, ESAD Reims
• M. André Lepecki, New York University
• Mme Gretchen Schiller, Université Grenoble Alpes
Résumé de la thèse :
Cette thèse en études de performance s’intéresse aux pratiques artistiques collectives et à leurs rapports aux institutions. Prenant comme point de départ l’analyse d’un atelier théâtre initié dans un contexte associatif à l’occasion d’un terrain de recherche-création, la focale se déplace sur d’autres instances de pratiques collectives, issues des arts vivants et visuels, dans le contexte d’institutions culturelles en France. Quatre études de cas supplémentaires complètent ainsi le corpus, donnant lieu à l’élaboration d’une thèse en cinq chapitres. Chaque chapitre marque l’occasion d’examiner les modalités de collaboration, de coopération et de faire ensemble (Becker 2010 [1982] ; Fischbach 2024) déclinées lors d’un processus de création partagé ou bien encore lors d’un atelier. L’attention portée à l’art en train de se faire à plusieurs s’inscrit en dialogue avec des recherches émergentes sur le sujet en France (Beaufils & de Morant 2018 ; Preston 2018, 2019 ; Zhong Mengual 2019 ; Doyon 2021 ; Bigé 2023). Toutefois, la présente thèse propose également d’élargir le scope de l’analyse des dynamiques endogènes au projet et à ses protagonistes (artistes et participant·es), jusqu’à celles forgées avec son contexte de mise en œuvre : association, musée, fondation, établissement public de coopération culturelle, en ce qui concerne les études de cas ici rassemblées. Il s’agit dès lors de sonder les effets à la fois « relationnels » et « situationnels » des projets à l’étude, soit d’examiner leur « performativité » (Von Hantelmann 2010), afin de se saisir de leur portée double : artistique et sociale. De l’analyse des interactions entre les artistes, les participant·es et les équipes (curatoriales, techniques et des relations avec les publics) sur place, ainsi que des transformations que ces interactions opèrent au sein de ces différentes institutions (publiques et privées), peuvent se discerner, à mon sens, les contours de « pratiques instituantes » (Raunig 2009 ; Bénichou 2024), voire même de « critiques infrastructurelles » (Vishmidt 2025) : celles qui, de par l’action collective et ses modalités d’instauration, agissent sur des conventions propres à chaque lieu et donnent à voir comment celui-ci pourrait fonctionner, autrement. J’avance que cette étude, sensible aux « co-déterminations » entre l’art et son contexte institutionnel, peut donc également contribuer au champ des études curatoriales en France (Westerman & Wood 2020).
Le corpus, loin d’être exhaustif, propose plutôt un échantillon d’études de cas repérées depuis des contextes locaux que je suis amenée à côtoyer en qualité de chercheuse, mais aussi de praticienne en théâtre et en danse, de spectatrice, et de curatrice, et qui me permettent d’éclairer des méthodes singulières de travail « en commun » et « d’institution » (Nicolas Le-Strat 2016). Écrite à partir du champ des études de performance, cette thèse déploie les méthodologies propres aux sciences sociales, en privilégiant celle de l’enquête par entretiens semi-directifs. Une telle démarche assumée à l’étude de chaque projet permet d’en évaluer la performativité en restant au plus près des expériences vécues par les acteur·rices qui y sont impliqué·es (Orr 2023).
Finalement, cette thèse, partant de la recherche-création, espère poser les jalons en France pour la « recherche-curation ». Si les analyses des pratiques instituantes repérées sur le terrain par le prisme des études de performance peuvent être utiles pour les professionnel·les des structures, spécifiquement les curateur·rices qui sont en contact avec les artistes comme avec les publics, j’avance que de telles enquêtes pourraient également être menées de l’intérieur de ces espaces, par ces mêmes professionnel·les. Il s’agit dès lors d’articuler les bases d’un argument en faveur des capacités épistémiques du métier (Husemann 2012 ; Sigfúsdóttir 2021 ; Rito 2025).